La mort du tyran Eyadema et la ‘’démission’’ de
son dauphin-fils Faure Gnassingbé ne sont pas en elles-mêmes des
facteurs de libération. Seule la lutte organisée et intraitable
du peuple togolais peut ouvrir la voie à son émancipation.
Introduction
Depuis la mort du despote Eyadema le 5 février dernier, on observe diverses
réactions, positions et manifestations sur le sol national et dans les
milieux togolais en Afrique, Europe et aux Etats Unis. Parmi ces réactions,
il y a celle défendue par les partis d’opposition dite démocratique,
qui réclament le retour à «l’ordre constitutionnel»
et l’organisation «d’élections libres et transparentes»
afin d’établir la démocratie dans notre pays. Ils ne sont
pas les seuls à brandir une telle revendication. Ils ont le soutien des
institutions internationale, telle que la CEDEAO, l’UA, la Francophonie
et l’UE. Sans oublier, l’appui constant des organes de presses africaines
et occidentales qui ont ouvert leurs colonnes aux tenants de telles positions.
Pour notre part, nous avons fustigé dès le 6 février une
telle position, mettant en garde nos compatriotes en exil qui, lassés
par des années de dictature et d’exil forcé veulent accepter
toute «solution» susceptible de «soulager» leurs souffrances
et celle du peuple. Comme il se doit, nous avons ouvert des débats et
polémiques au sein et en dehors de nos organisations respectives. Cette
démarche s’inscrit dans le cadre du travail d’explications
et de clarifications auprès de nos compatriotes en exil, afin de les
amener à se départir de toutes illusions au sujet de la conquête
de la démocratie par les urnes ou par le respect d’une quelconque
constitution néocoloniale.
C’est au cours de ces différents rencontres et débats avec
les compatriotes exilés qu’est née l’idée de
la constitution d’une nouvelle force démocratique en exil pour
prendre en charge les tâches de mobilisation et d’organisation qui
incombent, dans la situation actuelle, aux démocrates et patriotes togolais.
L’EXILÉ, -organisation démocratique des exilés togolais-
le C.T.C.L, -Comité togolais pour la culture et la liberté- et
quelques compatriotes sans parti et organisation constituent pour le moment
le socle de ce front démocratique en exil. Une des tâches immédiates
est, sans équivoque, l’affirmation de nos positions face au pouvoir
autocratique et son opposition. C’est le résultat de cette démarche
que nous avons succinctement résumé dans cette résolution
publiée ci-dessous.
Résolution sur la situation nationale et les tâches des démocrates
et patriotes en exil
1) Alors que le peuple togolais est dans la rue pour clamer son rail-le-bol
contre le système, affronte à main nue la garde prétorienne
du défunt dictateur, dénonce, avec véhémence, les
perfides manœuvres de l’impérialisme français qui veut
préserver ses intérêts et conserver son hégémonie
sur notre pays.
2) Alors que notre vaillant peuple est entrain de panser ses plaies et d’enterrer
ses dignes fils qui sont tombés sous les balles des hordes de la dictature.
3) Eux, les tenants de l’opposition, de par leur nature conciliante envers
le régime oppresseur, et leurs liens avec les puissances impérialistes,
français notamment, continuent de saboter la lutte du peuple. La mort
du tyran Eyadema n’a rien changé dans leurs positions, pratiques
et nature. Pour preuve, il suffit d’analyser les différentes déclarations
des leaders de l’opposition les jours qui ont suivi le décès
de l’autocrate Eyadema.
Dès le 6 février, par un communiqué la CDPA de Gnininvi
approuve la confiscation du pouvoir par les FAT «Nous mesurons la gravité
de la situation et nous comprenons la préoccupation de l’armée
de maintenir la paix dans cette période de grande émotion»…Si,
suite au décès du tyran, «maintenir la paix» au Togo
c’est tirer sur de paisibles citoyens qui manifestent leur désir
ardent de liberté, en ce cas, Gnininvi et la CDPA sont en bonne compagnie
avec les putschistes. La position de la CDPA est inqualifiable.
Quelques jours après, sur Radio France Internationale (RFI), le leader
du CAR, Agboyibo, ne dédaigne pas de se vendre comme une brebis à
l’impérialisme français en ces termes «La France s’est
appuyée aussi longtemps sur le clan Eyadema… Aujourd’hui,
elle doit comprendre qu’il y a une nouvelle génération qui
peut défendre ses intérêts au Togo…». Ne cherchons
pas trop loin l’idée qui se cache derrière cette déclaration
de Agboyibo. Cette «nouvelle génération» dont-il fait
allusion dans cette interview n’est rien d’autre que lui et ses
compères de l’opposition.
Quant à Jean Pierre Fabre (l’UFC), il déclare à l’AFP
"Ce que nous voulons est un bloc et non des pièces éparses.
Nous voulons le rétablissement de la légalité constitutionnelle
et l’installation de Fambaré Natchaba (l’ancien président de l’assemblée
fantoche RPT ’’démis’’) dans ses fonctions de président intérimaire"Nous
voulons en plus un accord politique pour discuter des conditions d’organisations
d’élections libres, transparentes et démocratiques".
4) Eu égard à cette situation, le peuple togolais sort de son
mutisme, déjoue, une fois encore, les macabres plans de la France et
des tenants de l’opposition dans notre pays. Les déclarations,
ci-dessus, de Gnininvi, de Agboyibo et de Jean-Pierre Fabre attestent amplement
qu’ils continuent à prôner une politique conciliante en s’aplatissant
devant les quatre volontés de la dictature et de l’impérialisme
français.
5) C’est pourquoi, le Front des Organisations Démocratique Togolais
en exil, lance un vibrant appel aux compatriotes en exil et à travers
eux, au peuple togolais, surtout à la jeunesse, de continuer intrépidement
le combat jusqu’à:
La chute définitive du pouvoir France-Faure-Bonfoh,
l’abrogation de la constitution néocoloniale et de toutes les
institutions issues des quarante deux (42) années de dictature sanglante.
la démarcation totale vis-à-vis des partis d’opposition
(CPP, CAR, CDPA, UDS, PSR, UFC, CDPA-BT etc.) qui sont de véritables
complices de la dictature et de la France.
La poursuite judiciaire et le châtiment des pilleurs de l’économie
du pays, des tortionnaires et leurs commanditaires
La libération de tous les détenus politiques, le dédommagement
des victimes du régime despotique.
l’émergence d’un nouveau gouvernement démocratique
provisoire issu des luttes populaires. Ce gouvernement, composé de patriotes
et démocrates, aura comme tâche:
a) de convoquer une assemblée constituante qui prendra en charge l’élaboration
d’une nouvelle constitution reflétant les réelles aspirations
de notre peuple,
b) de rompre tous les accords secrets d’asservissement signés
par le clan Eyadema avec l’impérialisme, français en particulier,
c) d’organiser des élections réellement libres et transparentes,
sans la participation de l’ancien parti-Etat-RPT.
6) Cette situation de révolte populaire risque d’être incontrôlable
et fatale pour le clan Eyadema et l’impérialisme français,
à l’instar de ce qui a failli arriver en 1990-1991. A condition que le
peuple, notamment les organisations démocratiques qui militent en son
sein, tire les enseignements des évènements d’octobre 1990
et juin 1991 où, la clique Agboyibo-Koffigoh-Gninninvi avait détourné,
sur ordre de l’impérialisme français, le mouvement insurrectionnel
sur une voie sans issue.
7) Cette voie sans issue était le résultat des différentes
compromissions (les accords du 12 juin 1991, de Colmar, de Ouaga, la commission
mixte paritaire et la conférence nationale) qui avaient permis au pouvoir
autocratique de Eyadema de gagner du temps et de reprendre le pouvoir en organisant
systématiquement les arrestations, les assassinats des démocrates
et patriotes. C’est la raison pour laquelle, hier comme aujourd’hui,
nous sommes contre toutes négociations et autres accords politiques avec
le nouveau régime Faure-Bonfoh. Ces accords politiques serviront simplement
à désamorcer la lutte du peuple. C’est pourquoi nous devons
nous détourner et combattre au même titre que la dictature ceux
qui prônent, à l’heure où nous sommes, la lutte pour
le rétablissement de la constitution néocoloniale.
France-Faure-Bonfoh: un régime congénitalement répressif
et moribond
8) Au Togo, pendant les années sombres de la dictature, bon nombre de
compatriotes qui, sous la peur de la répression ne voulaient pas affronter
le régime, faisaient circuler au sein de la population que «le
jour où Eyadema décédera, l’autocratie s’effondrera
d’elle-même». Nous avons toujours combattu de telles idées
nocives qui ont été utilisées pour émousser la lutte
et d’entraîner le peuple togolais dans une passivité chronique
face à la police politique du tyran.
9) Aujourd’hui, avec la mort de Eyadema, cet argument a été
battu en brèche, balayé parce que ce système mafieux est
toujours en place et a hissé à sa tête un autre chef de
bande. Donc, par définition, Eyadema n’est et n’était
pas seul, il fut le chef de file, mais aussi le garant d’un système
qui avait tissé des connections à l’intérieur comme
à l’extérieur du pays.
10) De son vivant, Eyadema détenait l’essentiel du pouvoir, mais
ne gouvernait pas seul; il avait autour de lui une basse cour qui le servait.
C’est cette cour, composée de fidèles et autres caciques
qui ont organisé le coup du 5 février 2005 contre leur propre
constitution et porté Faure Gnassingbé au pouvoir. Nous le voyons
bien, avec l’arrivée au pouvoir du fils rien n’a changé,
la nature du pouvoir reste foncièrement anti-national, anti-peuple, antidémocratique,
apatride et pro-impérialiste comme au temps du père, Eyadema.
11) Aujourd’hui, le peuple togolais, avec le soutien et l’appui
indéfectible des véritables organisations démocratiques,
a décidé d’en découdre avec ce régime congénitalement
moribond qui ne cesse de prôner une politique anti-démocratique,
fasciste, se caractérisant par:
L’instauration de l’Etat d’urgence, quasi permanent sur
le territoire national.
Des massacres de populations non armées.
Le licenciement de fonctionnaires d’Etat non zélés
La fermeture des stations de radio et télévision non gouvernementales.
La saisie et l’interdiction des journaux et tracts édités
par les organisations démocratiques.
Des montages d’incidents, de provocations, de désinformations,
d’intoxications pour interdire les manifestations et réunions politiques.
12) C’est pourquoi, depuis la mort du despote Eyadema, nous nous insurgeons
contre les positions de la CEDEAO, de l’UA et des faux démocrates
de l’opposition (Agboyibo, Gnininvi, Edem Kodjo, Zarifou Ayeva etc.) qui
continuent de faire croire au peuple togolais, qu’un retour à la
‘’légalité constitutionnelle’’ et à
l’organisation ‘’d’élections libres et transparentes’’
pouvaient instaurer la démocratie dans notre pays.
13) De part l’expérience de lutte que notre peuple a acquise ces
quinze dernières années, avec les multiples coups de force des
militaires, le retour à la légalité constitutionnelle et
à l’organisation d’élections avec la participation
du clan Eyadema ne sont que de la tromperie, de la gesticulation afin d’endormir
le peuple en révolte.
14) En effet, le retour à la ‘’légalité constitutionnelle’’
et à l’organisation d’élections dont parlent les partis
d’opposition (CAR, CDPA, ADDI, UFC, CDPA-BT, CPP, PDR, UDS etc.) est la
voie ouverte pour partager le gâteau, le pouvoir néocolonial sans
l’autocrate Eyadema. Alors, dans ce cas concret, nous ne parlerons plus
au Togo d’un régime autocratique où une seule personne détient
l’essentiel du pouvoir. Mais d’un régime oligarchique c’est-à-dire
un pouvoir où différents clans (–pouvoir et son opposition-)
s’entendent et gouvernent le pays. D’ailleurs, c’est le vœu
le plus cher des tenants de l’opposition (Agboyibo, Kodjo Edem, Gnininvi,
Ayeva Zarifou et des transfuges du RPT).
15) Avec la revendication du retour à la prétendue légalité
constitutionnelle, les partis d’opposition constituent un obstacle à
la lutte émancipatrice que notre peuple est entrain de mener contre le
nouveau pouvoir France-Faure-Bonfoh. Cette légalité qu’ils brandissent
va à l’encontre des aspirations du peuple. C’est la légalité
instaurée par le dictateur Eyadema avant son décès, laquelle
lui a permis de gouverner sans impunité. Souvenons-nous bien qu’en,
1990 - 91, se sont les mêmes chef de partis (Agboyibo, Gnininvi, Edem
Kodjo, Ayeva Zarifou etc.) qui ont fait croire au peuple et à la jeunesse
que (les Accords du 12 juin 1991, la conférence nationale, la constitution
néocoloniale de septembre 1992, et récemment l’Accord Cadre
de Lomé) serviront à évincer Eyadema du pouvoir.
16) Au contraire, les faits nous ont démontré qu’on ne
peut jamais venir à bout d’un régime autocratique avec des
petites réformes et de surcroît avec des textes de lois. Les multiples
coups de forces du tyran Eyadema contre le premier gouvernement Koffigoh et
les institutions de la transition en octobre-décembre 1991 confirme cette
vérité historique. Le véritable levier du pouvoir est et
restera l’armée, la gendarmerie, la police, la justice, l’administration
et les entreprises d’Etat. C’est l’ensemble de ces institutions
que nous appelons l’appareil d’Etat néocolonial. Sans la
destruction de cet appareil répressif et son remplacement par un pouvoir
issu des luttes populaires, l’on ne peut parler d’acquis démocratique,
ni de démocratie au Togo.
17) L’histoire des peuples du monde en atteste amplement qu’une
constitution, même la plus démocratique, à elle seule, ne
suffit pas pour instaurer une véritable démocratie dans un pays
où sévit un pouvoir néocolonial. L’exemple du Chili
de Salvador Allende et d’Haïti de Jean-Bertrand Aristide est édifiant
pour comprendre le rôle des armées néocoloniales qui, de
part leur nature anti-nationale, anti-peuple et pro-impérialiste foulent
aux pieds les constitutions et la République.
18) Face à cette situation, le devoir sacré de tous les démocrates
et patriotes, en exil, est de se mobiliser, de s’organiser, de prendre
position contre le régime France-Faure-Bonfoh afin de hâter sa
chute définitive. C’est pourquoi, nous invitons toutes les organisations
et associations togolaises en exil à se démarquer des vendeurs
d’illusions et à rallier cette plate-forme. Laquelle explique les
grandes lignes de la voie à suivre pour se départir des illusions
sur ‘’le retour à la légalité constitutionnelle’’
et ‘’l’organisation d’élections libres et transparentes’’
sous le régime autocratique.
Engageons cette lutte sur la base des principes et d’une plate-forme démocratiques
A cet effet, nous devons impérativement nous organiser autour de ce qui
suit:
Il est impossible d’instaurer la véritable démocratie au
sein d’un régime autocratique et néocolonial.
Il est impossible de mener la lutte pour la démocratie au Togo sans
que cette lutte ne soit intimement liée à la lutte contre l’impérialisme
français qui contrôle notre pays à travers sa base militaire
à Niamtougou à l’aéroport de Lomé et autres
assistants techniques dits de coopérants. Ce faisant, la France est l’ennemie
principale de notre peuple et des peuples frères de la sous région
et d’Afrique.
Il est impossible de mener la lutte contre ce pouvoir sans une démarcation
stricte entre les patriotes, démocrates et les partis d’opposition
(CAR, CDPA, UFC, CDPA-BT, CPP, PDR, UDS, PSR etc.) qui ont toujours prôné
une politique conciliante à l’égard de la dictature et la
France.
Il est impossible de mener cette lutte sans dénoncer les plans du FMI
et de la Banque Mondiale qui, sont à l’origine de la misère,
de la paupérisation du peuple togolais. Le pouvoir autocratique comme
ses rivaux de l’opposition sont les farouches défenseurs de ces
plans dans notre pays. Voilà le fondement économique et social
de l’allégeance de ces deux clans rivaux -pouvoir et opposition-
aux puissances impérialistes.
Il est impossible de mener cette lutte sans combattre l’impunité
que prônent, actuellement, les faux démocrates de l’opposition
sous le vocable de «réconciliation nationale», et du «grand
pardon». La vie a confirmé que c’est cette fameuse impunité
qui avait et a permis aux ennemis du peuple de se couvrir du manteau de démocrate.
L’exemple des Kodjo Agbeyomé, des Péré et récemment
de Fambare Natchaba, est, dans la situation actuelle, édifiant. Or, ces
larbins, ces lugubres personnages ont servi la dictature sanguinaire de France-Eyadema
jusqu’au bout avant d’être écartés pour des
querelles internes à ce clan.
Il est impossible de mener une lutte conséquente sans combattre en
notre sein les conceptions et idées ethnicistes et régionalistes.
Parce que cette oppression du régime Eyadema a touché l’ensemble
du peuple togolais (Kabye, Ewe, Kotokoli, Moba, Tchokossi etc.) et les oppresseurs
togolais appartiennent à toutes les ethnies ou nationalités du
Togo.
La véritable démocratie ne peut s’établir qu’après
la destruction de fond en comble du pouvoir néocolonial, sur les ruines
de celui-ci. La véritable démocratie ne saurait sortir des urnes,
ni d’un quelconque retour à la légalité constitutionnelle,
ni d’une conférence nationale ou table ronde. Elle ne peut surgir
que de l’insurrection populaire.
Cette insurrection populaire, les glorieuses journées d’octobre-novembre
90 et les manifestations qui se déroulent actuellement sur le sol national,
nous en donnent un avant-goût et nous montrent comment l’organiser
avec succès. Ce n’est ni le débat autour de la constitution
néocoloniale, ni l’organisation des élections qui ont contraint
le pouvoir France-Faure à faire marche arrière. C’est plutôt,
le Peuple par sa lutte incessante, ses multiples manifestations de rue et ses
sacrifices qui avaient acculée le pouvoir France-Faure a organisé
-un recul tactique- le 25 février dernier.
C’est par l’insurrection que les masses en révolte, mobilisées
et organisées prendront d’assaut ce pouvoir oppresseur et réduiront
en cendres son appareil d’Etat.
C’est lorsque le pouvoir France-Faure-Bonfoh sera par terre, que le
peuple pourra organiser des élections réellement libres et transparentes
et qu’il mettra à la place de ce régime vomi, de véritables
institutions démocratiques.
La préparation de l’insurrection populaire pour balayer la dictature
est donc la seule priorité qui compte à l’heure actuelle.
Toute autre voie n’est que de la manipulation, de la tromperie.
Cette insurrection populaire ne peut être victorieuse que sous la direction
des véritables partis, organisations anti-impérialistes qui militent
au sein du peuple. C’est à cette noble tâche que doivent
s’atteler les honnêtes gens, les démocrates et patriotes
togolais.
Nous sommes contre les conceptions qui laissent entendre que les FAT peuvent
être neutres et jouer le rôle d’une armée républicaine.
Il doit être clair pour tout un chacun que l’armée togolaise
est une milice, créée, contrôlée et dirigée
par des officiers français pour défendre le clan Eyadema et protéger
les intérêts de la France dans notre pays et dans la sous-région.
Cette milice est, avant tout, le pilier de la dictature et elle ne peut jamais
être neutre dans un véritable processus démocratique.
Nous sommes contre les idées qui accréditent le coup d’Etat
comme un facteur de changement. Parce que le putsch en tant qu’alternative
n’émane nullement de la volonté populaire, c’est un
complot organisé par un clan de militaires minoritaires, souvent de connivence
avec quelques intellectuels opportunistes, qui veulent goûter à
la chose publique. Par principe, le peuple togolais s’y oppose résolument.
Et il l’a démontré par sa mobilisation le 5 février
dernier. Notre peuple s’y oppose parce que le coup d’Etat ne peut
apporter le changement souhaité: qu’est la démolition du
système néocolonial en place.
Nous sommes contre toute intervention militaire au Togo. La lutte pour la
démocratie dans un pays est avant tout l’œuvre du peuple de
ce pays, que celle-ci ne saurait en aucune manière garantie par des baïonnettes
et canons étrangers.
Pourquoi sommes-nous contre toute intervention militaire au Togo, dans la sous
région et en Afrique ?
20) Tout juste au lendemain de la mort du tyran Eyadema et la prise du pouvoir
par son fils Faure Gnassingbé, avec l’appui de l’armée
et la complicité de l’impérialisme français, des
voix se sont élevées de par le monde pour dénoncer cette
énième forfaiture des FAT. Parmi les plus médiatisées,
on peut citer celle du président nigérian Obasanjo qui n’avait
pas hésité à brandir la menace d’une intervention
militaire pour rétablir ‘’l’ordre constitutionnel’’
au Togo.
21) Les faux démocrates de l’opposition qui ont toujours entretenu
ce vieux rêve d’une intervention militaire étrangère
pour leurs permettre d’accéder au pouvoir, avaient honteusement
amplifié les déclarations du président nigérian
au sein de la population. En amplifiant l’intervention militaire étrangère
les faux démocrates de l’opposition et autres opportunistes confirment
une fois de plus leur nature apatride, étrangère à toute
dignité nationale, à toute idée de souveraineté
nationale. Cette perfide démarche des tenants de l’opposition a
pour but de démobiliser comme pendant les moments forts du mouvement
de 1990-1991 le peuple, afin de le faire comprendre que «ça ne
sert plus à rien de lutter», que «le Nigeria va intervenir,
qu’il faut attendre cette intervention militaire pour instaurer l’Etat
de droit au Togo»
22) Cette intervention militaire brandie par le président Obasanjo ne
sortait pas du néant, nous devons analyser avec lucidité cette
position «radicale» pour comprendre les intentions réelles
des dirigeants nigérians. Quelques soient les circonstances et surtout
le degré d’oppression du peuple, les démocrates, les patriotes
doivent avoir une position de principe à l’égard de toute
intervention militaire dans notre pays, sans se laisser entraîner dans
une aventure ou se laisser berner. Cette position de principe est claire. Nous
sommes ouvertement contre l’idée d’une intervention militaire
afin d’instaurer un quelconque «Etat de droit» au Togo. La
situation internationale dans le monde, avec l’intervention militaire
des puissances impérialistes en Irak, Haïti, au Congo Démocratique
et en Côte d’Ivoire nous démontre que derrière les
interventions militaires il y a des intérêts économiques,
politiques et culturels. Et l’histoire de lutte des peuples sous domination
en atteste: que dans aucun pays du monde, une intervention militaire d’une
puissance étrangère impérialiste n’a jamais apporté
la démocratie.
23) De ce fait, nous devons impérativement dénoncer les positions
vacillantes, hypocrites des instances de la CEDEAO, de l’UA et du président
Obasanjo. Parce que, les positions anti-coup d’Etat du président
Obasanjo chez nous, s’inscrit dans le cadre de la sauvegarde ou de la
conquête des intérêts politiques et économiques au
Togo. En clair, l’intervention d’Obasanjo et du parlement nigérian,
s’inscrit dans le cadre de l’âpre lutte inter-impérialiste
-France-USA- qui se déroule actuellement dans la sous-région et
en Afrique. Le retour à la légalité constitutionnelle qu’ils
réclament ouvertement dans notre pays est un alibi pour cacher cette
rivalité inter-impérialiste. On sait que l’autocrate Eyadema
de son vivant a violé à plusieurs reprises sa propre constitution
et fraudé les différents scrutins. Les instances de la CEDEAO
y compris le président Obasanjo ne l’ont jamais condamné,
les chefs d’Etat de la CEDEAO et de l’UA lui, ont, toujours déroulé
le tapis rouge.
24) L’autocrate Eyadema a été le gardien des intérêts
de l’impérialisme français dans la sous-région. C’est
sous son règne sanglant que la France a pu concocter et organiser les
assassinats de présidents et le renversement de gouvernements soupçonnés
pro-USA. Avec sa disparition, la France perd un allié solide. L’impérialisme
américain, malgré ces accointances avec son dauphin fils Faure
Gnassingbe, a décidé d’affaiblir les positions dominantes
de son rival au Togo et dans la sous-région en faisant appel au couple
Obasanjo-Konaré pour faire pression sur les putschistes et se profiler
comme le nouveau garant de la ‘’démocratie’’
dans la sous-région. Même le Sud-africain Thabo Mbéki qui
avait une position vacillante, après le premier discours de Faure Gnassingbé,
a été sommé de rentrer dans les rangs. Pour les démocrates
et patriotes togolais, il n’y a plus d’illusion à ce sujet,
tout comme au Libéria et en Sierra Leone, le président nigérian
Obasanjo roule pour les intérêts de l’impérialisme
yankee. Il est le porte-parole et la main de l’impérialisme américain
dans la sous région et en Afrique.
25) Une intervention militaire étrangère dans la situation qui
prévaut dans notre pays, servira simplement à sauver le régime
néocolonial, à mater la ‘’rue‘,’ le mouvement
démocratique et museler les organisations et partis qui luttent réellement
contre le pouvoir France-Faure-Bonfoh. Cette intervention va accentuer l’asservissement
de notre peuple et de notre pays. Et en plus, elle risque, à l’appel
du clan Eyadema, de provoquer l’intervention directe de l’impérialisme
français. Ainsi, notre pays risque de se transformer en un champ d’affrontement
de forces étrangères, avec des conséquences désastreuses
pour notre peuple.
26) Le peuple togolais seul peut et doit faire face à la dictature jusqu’à
la vaincre. -Evidemment, avec le soutien des autres peuples opprimés
de la sous région et du monde.- L’histoire et l’expérience
des peuples du monde montrent que la démocratie dans un pays est avant
tout l’œuvre du peuple de ce pays, que celle-ci ne saurait en aucune
manière être garantie par des baïonnettes et canons étrangers.
27) Nous lançons un appel à tous les démocrates et patriotes
en exil à se joindre à nous sur la base de cette plate-forme pour
qu’ensemble, nous apportions le meilleur de nous-mêmes à la lutte
émancipatrice du peuple togolais.
Bruxelles, le 8 avril 2005
Le Front des Organisations Démocratique Togolais en Exil
Nous contacter : togo@nomade.fr